22 janv. 2005

]Au bain, Marie…[

]Au bain, Marie…[

 

C’était un de ces dimanche ou le froid avait remplacé la douce musique des cieux, un jour gris délavé, pas trop salé, encore moins sucré.

  J’étais là, noyé dans un écrit, mes planches illustrées répandues sur la table, des couleurs maculant le bout de mes doigts. Je regardais ces femmes à la peau diaphane que j’avais croquée et habillée de lumière. Polychromie suave d’acrylique léchée.
Je m’en inspirais pour coucher des mots sans sens, des sens sans mots des fois, en phrases antagonistes. Un peu d’érotisme, de duel de corps de phrases, de pin-up textuelles.
Et un nom qui revenait, qui s’écrivait et se déroulait pour devenir litanie d’encre bleu nuit.
Marie, Marie, Marie…
Ce nom virait à l’obsession. Mon écriture, une calligraphie tournoyante en cascade de lettres qui toujours devenaient ce prénom. Et une main frôla mon épaule.
Un frisson me secoua de l’échine à la nuque.
Fébrile je me retournais, non sans remarquer qu’un de me dessins était devenu vierge, silhouette découpée sans corps.
Car ce corps, qui avait prit vie, était là devant moi, son éden qui m’était offert : sa nudité encore fraîchement peinte en un acte de délivrance pour mes passions.
L’odeur subtile des pigments m’enivrait. J’avoue, je chavirais.
Je voulais prononcer ces quelques lettres, la douce musique de son nom, mais un de ses doigts effilés posé sur mes lèvres me scella la bouche.
En silence que je l’accompagnais dans la salle de bain, me dévêtant et laissant choir mes oripeaux au passage. Mes pâles chairs frémissaient.

 L’eau prit du temps à couler, un temps ou je restais à voir la vapeur laisser des traces là ou la peinture gondolait, ruisselait. Sa peau était en vie, à plusieurs reprises je devais tendre la main pour espérer la toucher. Mais jamais je n’allais jusqu’au bout de mon acte.
J’avais bien trop peur de la voir s’envoler.
Puis la baignoire fut remplie, elle m’invita à m’y coucher, la chaleur mordante me caressant. Elle se joignit à moi. J’osais enfin poser mes mains sur son cou, sa poitrine offerte, les boutons de son plaisir. Sa tête rejetée en arrière elle s’abandonnait. Autour de nous l’eau devenait tourbillon de couleur, et sa peau perlait, de milles gouttes onctueuses qui venaient recouvrir mes doigts et mes mains. Sa substance vitale maculait mes avant-bras, mon torse, et ma bouche s’abreuvait de ses soupirs teintés de blanc, jaune, sépia. Je m’aveuglais de son corps qui fusionnait avec le mien, s’écoulait sur moi et à la fin pour m’écrouler dans l’eau.
Elle, avalée par ce bain glouton. Moi, dans cette visqueuse mare moirée de couleurs s’entrelaçant. Je m’écroulais dans le bain de son sang, de mes sens liquéfiés.
Recroquevillé, tel un cormoran piégé par les pigments, je rêvassais sur elle.
Plaisir supra naturel.
Dans son bain, à Marie…

 

 *M* - ψ -

Posté par _Markus_ à 01:09 - Commentaires [1] - Permalien [#]


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