01 déc. 2004

Sans titre

::]Creation[::
(ceci est un texte créé suite à un jeu, qui demandait la réinterpération personnelle d'un texte. Avant ma création, j'exposerais en petit et en italique, le texte original de Myrrdh - l'initiateur de ce jeu d'écriture)

Le but est simple: un texte à modifer selon VOTRE style, vos mots, votre ponctuation, votre espacement et que sais-je encore. Gardez l'idée principale et libérez vos plumes de leur écrin...

***

Entendez-vous la musique du monde ? Entendez vous le râle de cette masse pesante et trébuchante qui chaque jour se presse vers la gueule de ces bêtes immondes couleur béton ? Cette musique vous fait rêver, cette musique vous berce et vous maintient dans ce sommeil qui dure une vie. Vous ne faites que rêver la vie que vous menez, vous n'entrevoyez rien d'autre que ce que la 'raison' vous mène à croire… Jamais vous ne doutez, ce n'est pas fait pour vous.

Imbécile ! Ne vous rendez-vous pas compte que tout ici n'est qu'illusion ? Ce monologue déjà, ces paroles, ces lettres… Je suis fou et c'est cela qui me permet de vous dire ce que je pense… Rien au monde n'est vrai, je vois déjà des millions d'helminthes grouiller et se faire écraser sous vos pas… Je les vois parce que je me suis réveillé, parce que je l'ai voulu…

Allez au bout de vos rêves, allez-y, n'hésitez pas, vous ne rencontrez que cette abyme grisâtre dans laquelle je me suis plongé.
Une chute. Un moment infini. Un instant d'éternité. Un écrasement sur le sol. Mon cerveau s'affole, dégringole et coule dans la rigole qui le jette dans un caniveau… J'avais pensé qu'une mort touche bien plus que cela. J'avais pensé qu'une vie importait à celui qui l'avait vécue. Rien. Pas un sentiment, je n'en n'ai que faire. Cette vie n'est qu'un songe, vous en faisiez partie et si vous saviez seulement comment je vous vois, vous ne me regarderiez pas comme cela.

A vous revoir une fois prochaine dans votre sommeil jeune homme…

C'est sur ces mots qu'il se réveilla et vit sa chambre, son monde avec plus de distance. Haletant, en sueurs, il attend le fantôme qui viendra une fois de plus hanter ses nuits…


Ma version:

Une divine musique…
Doucement, très doucement. Trop doucement.
Musique des sphères…
Un air bourdonne à mes oreilles.
Odeur de fer. D’artères.
C’est la musique du Parrain.
J’ai mal.
Je chute.
Je meurs.
Fondus au noir.
Lumière…

 ***

 …du petit matin. Brûme et bruime dansent en sanglots à l’extérieur. Il fait froid, je frisonne. En fait je suis légèrement vétus. Pantalon de toile, chemise rayée bleu-ciel. Je me retourne, dos a la porte du café. Odeur de café, parfum corsé.
Je regarde ma chemise, tâches blanches sur fond bleu. Tout commence à bouger, la chemise devient firmament, les tâches des nuages nacrés. Je me frotte les yeux.
Une serveuse me frôle la cuisse de la main. Réaction machinale, matinale. Je me sens gêné. La toile du pantalon est vraiment légère. Et ma réaction visible, spontanée. Mais elle s’en fout.Tout le monde s’en fout en fait.
Je les dévisage, ces treize personnes (serveur, serveuse et clients compris). Aucun ne se soucie de ma gêne. Je ne suis pas dans le même monde qu’eux. Quoi que ?
Un couple. L’homme me fait signe. La femme me sourrie.
Je m’approche, m’attable, m’assied. Je commande un café.
L’homme tient quelquechose entre deux de ses doigts, index et pouce.
« Tu sais ce que c’est ? » me demande t-il. Je vois bien que c’est un ver. Un blanc et juteux asticot. Juteux, je le sais car à mes paroles l’homme écrase le parasite.
« C’est rituel » me dit-il en s’essuyant les doigts dans une serviette marquée au sceau d’un lys doré. « Par cette destruction symbolique, c’est un million d’helminthes qui meurent »
« Je ne comprends pas » lui dis-je, sincèrement. Etrange. Tout cela est étrange.
« Tu comprendras » m’assure-t-il. Je n’ai d’yeux que pour sa compagne.
Il ressemble à Marlon Brando jeune, le tein plus cireux et les cheveux plus sombres.
Elle c’est une déesse. Etoile du matin. Ma gêne me reprend. Je rougis. Vivian Leigh. Mais blonde. Une poitrine plus militaire.
« Mon nom est Jakin » me dit l’homme « et voici Boaz, ma femme… »

Je crie.

Fondus au noir…

 ***

 …retour au blanc. Immaculée connection. Le café chauffe mon estomac.
Jakin est là, non loin, me parlant, l’air distant. Seul point qui le rallie à moi, son cigare, usine à fumée qui en sac et ressac m’assaillit et se rétracte.
Boaz est plus proche, accoudée. Penchée en avant, décolleté et regard plongeant.
La fumée l’évite. Pourtant je suis face à elle, regard intoxiqué, rouge braisé même si mes yeux n’ont d’yeux que pour elle. Eternelle.
Et lui, il parle, sans répit et sans fin. Il ne nous regarde même plus.
Elle me prend la main délicatement. Et cette fumée qui m’aggresse. Comme si d’instinct elle savait cette scene contre nature et voulait défendre celui à qui elle devait son éphémère existence. Les pieds de Boaz rencontrent une de mes jambes, le pantalon est toujours aussi fin. Et le désir toujours aussi plein. Les mots se mêlent aux sensations, et les sensations aux volûtes fantômatiques. Mes yeux me piquent. Leur deux formes se brouillent, alors que seul les appels au vice de Boaz me rappelent la réalité de la situation… Jakin parle en un hymne :
«Entends-tu ? Cette musique. Le monde est son violon. Et le râle. Le cri. Des moutons. Vous rentrez et sortez de vos temples fait de billets. Dragons de béton. Les violons, rêveurs, violeurs. Violeur de votre vie dans le sommeil de vos âmes. Rien. Rien n’a de sens. Votre existence ? Un vide chloroformé. Un rêve dépouillé de toute essence. Toute décisions. Tout est juste, tout est bon. Sauf le doute. Pas bien. Pas le doute… »
Je suis comme hypnotisé. Dodelinant du chef. Mes jambes ouverte, anesthésiées, le pied précis massant ce qui me fait honte en ce moment même. Mes yeux fermés, mais bientôt ouverts. Je veux voir. Je veux m’éveiller.
« Imbécile ! Tu gardes les yeux fermés ! C’est normal, ouvert tu ne perçois qu’illusion. Ce monologue déjà. Ces paroles » j’entre-ouvre les yeux, la fumée s’est faite alphabet. Le pied de Boaz, à mon grand regret, quitte le seuil de mon plaisir.
« Et ces lettres évanescentes. La folie a nimbée nos formes. Nous rendant un corps avec lequel nous pouvons te parler. Car rien au monde n’est vrai. Mon sacrifice. Mon ver émissaire. Le prix à payer pour voir. Décide cela. Maintenant. Comprends… »
Boaz est distante, Jakin perdu. Deux formes derrière un opaque voile. Cela se dissipe un peu, et au loin des deux silhouettes je ne reconnais que leur forme, longiligne.
Deux collonnes, parfaites, majestueuses. Parfaites.

Sagesse et intelligence.

Sans le vouloir je me dérobe de ma chaise, part vers l’arrière.
A l’envers je vois des mariachis se placer sur une estrade. La scène se déroule au ralenti. A mes pieds un abîme grouillant, saumâtre et grisâtre. J’y plonge quand les premiers accords se font entendrent…

 ***

 …en une divine musique.
Je vais doucement, très doucement.
Trop doucement.
Musique des sphères.
Un air bourdonne à mes oreilles.
Odeur de fer. D’artères.
C’est la musique du Parrain.
J’ai mal.
Je chute.
Je me réveille.
Au pied du lit.
Le reveil chante.
Et le désir me hante…



Posté par _Markus_ à 00:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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