10 nov. 2004

♀ - NOCES BARBARES - ♂

-À une muse nocturne-

{ Coiffe (de mariée : Tsunokakushi) – Tsunokakushi signifie littéralement : cacher (kakushi) les cornes (tsuno). Au Japon, l’on pense que les femmes sont sujettes à être jalouses et dans ces cas-là des cornes leur poussent sur le front. Cette coiffe de mariage est une sorte de bandeau blanc qui doit empêcher la croissance des cornes de jalousie. _Dictionnaire des symboles_ }


« Je t’aime » avait-elle dit dans un murmure. Éphémère.

Noriko avait vingt ans, son amant dix de plus, et ils oubliaient ce détail dans des dédales de luxure. Sa chair laiteuse sur son teint hâlé,  la pénombre de la chambre mêlant d'obscur ces deux corps ; un lit dernier refuge de sa pudeur, elle s’abandonnait. S’était abandonnée.

Elle avait le regard qui pétillait, et pourtant il fuyait au jeu rieur des yeux de son compagnon. Elle essayait de distinguer les tréfonds de son âme dans le bleu de ses yeux, voilé de nuit, dans des sourcils broussailleux et des rides esquissées. Sa main cherchait une accroche sur ce lit, un soupçon de réalité a percevoir : le reste était comme un rêve. Un de ces rêves mi-éveillé, mi-érotique qui pointe lorsque le sommeil s’évanouit, tout doucement.

Lentement, mais avec fermeté, il lui caressa un sein, s’attarda sur le bouton qui se gonflait et de ses doigts agiles contribua à faire jaillir en elle une seconde vague.

Il chercha des yeux à comprendre ce qu’elle désirait, ça elle l’avait clairement discerné, puis son visage se tendit vers elle. Souffle tiède sur peau blanche perlée. Nez qui se caressent, lèvres entrouvertes ; émail qui se rencontre quand les langues s’enlacent.

Ils avaient déjà fait l’amour une fois, une fois rapide, montée de désir que l’on ne peut freiner. Qui ne peut traîner.

Mais là quand ils allaient recommencer, et elle savait qu’ils avaient déjà franchi la limite, cela serait long, tiède, moite, bon, suave, amer, doux. Un instant d’éternité.

Prélude à la mort.

C’était vrai, elle l’aimait. Irrémédiablement, sans vraiment le connaître, juste de l’avoir rencontré, leur corps entrecroisés. Si la perle de l’orgasme devait rouler, elle savait, ce soir, qu’elle ne pourrait plus faire marche arrière.

Elle l’aimait, et l’aimerait.

La première fois, il avait joui, mais pas elle. Elle avait quand même senti une chaleur monter, devenir tourbillon des sens, couleurs et senteurs qui s’affolent.

Trop tard maintenant, il venait d’initier le moment. Elle devrait le stopper, mais elle n’en eut pas le courage.

Sa langue s’aventurait plus bas dans ses chairs, ses mains toujours sur sa poitrine gonflée.

Le souffle tiède descendait, dessinait son cou, la vallée de ses seins et les lignes de son ventre. Ils échangèrent un regard, lui de ses yeux qui souriaient, elle énigmatique, et bouche en avant il plongea dans ses mystères.

Noriko projeta sa tête en arrière, hoquet de surprise teintée de plaisir. Avec ardeur il découvrait de ses dents et de ses lèvres voraces le temple de la déesse.

Là, oui, parfait… Le moment d’éternité, où le suc de jouissance ruisselait ; et lui de le recueillir comme les mystiques s’enivrent de Soma, et recevoir l’illumination…

Mais l’illumination était à elle. À Elle !

«  A moi, à moi » criait un voix dans sa tête, « à moi, je chavire, je tombe. A moi, je ne veux pas, j’ai peur de ça… » Elle ne voulait pas l’aimer, mais il était trop tard.

Elle ne voulait pas l’aimer car elle ne voulait pas le perdre.

Noriko, encadrant le visage de son amant avec ses mains, le détacha de la source de son plaisir. Elle se pencha pour lui baiser les lèvres, goûter à leur deux saveurs mêlées et aperçut son sexe bandé.

« Je ne veux pas te perdre » lui murmura t’elle à l’oreille, sa main droite couvrait le sceptre de chair. Elle le caressait de sa base à son sommet en va-et-vients incessants, pour se fondre finalement en lui, langue joueuse.

Son compagnon émit un râle, une longue plainte qui devait signifier « oui, tu me fais découvrir un rivage d’extase car ta bouche devient le miroir de toute mon existence, en ce moment précis »

Ou du moins, c’est ce qu’elle voulait décoder, alors que le sang palpitait sous ses caresses.

Elle se retira vivement.

Surpris, il la toisa et ils restèrent un instant ainsi.

«  Je ne veux pas te perdre » dit-elle avant de laisser à nouveau sa langue couler sur lui, et de sa bouche devenir le calice de l’extase. Il souriait, il devait sourire…

 

Plus maintenant.

Les sanglots accompagnaient un râle d’une autre nature, et le sang qui se mêlait à la semence jaillie. N’aurait-il pas eu le souffle coupé, son souffle de vie et de mort annoncée, qu’il aurait tenté de se défaire d’elle. Mais tout avait été trop vite.

C’est elle qui prit l’initiative de se détacher, avec un bruit sinistre : celui de la chair qui se déchire. Il la regarda comme elle était, un monstre maculé de sang, dégoulinant des deux cornes ornant son front. Il n’essaya même pas de comprendre comment Noriko avait pu devenir « ça » ; en un instant l’instrument de son plaisir, l’instant d’après celui de son trépas…

« Pourquoi moi ? » réussit-il à articuler. Puis un vent glacé l’emporta.

Elle contempla l’éternité figée dans son regard bleu éteint, se coucha près de lui, ses cornes doucement se rétractant. Et doucement elle caressa le corps, laissant ses doigts s’attarder sur les deux trous béants, d’où le sang avait cessé de s’écouler.

Posant un baiser écarlate sur sa joue blême, elle lui répéta :

« Je ne veux pas te perdre »

 

*M* _ Ψ



Posté par _Markus_ à 18:26 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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